Introduction: Hasard et rationalité dans l'approche vaccinale Author(s): Anne-Marie Moulin Source: History and Philosophy of the Life Sciences, Vol. 17, No. 1, La construction historique des vaccins (1995), pp. 5-29 Published by: Stazione Zoologica Anton Dohrn - Napoli Stable URL: https://www.jstor.org/stable/23331782 Accessed: 14-04-2020 08:44 UTC REFERENCES Linked references are available on JSTOR for this article: https://www.jstor.org/stable/23331782?seq=1&cid=pdf-reference#references_tab_contents You may need to log in to JSTOR to access the linked references. JSTOR is a not-for-profit service that helps scholars, researchers, and students discover, use, and build upon a wide range of content in a trusted digital archive. We use information technology and tools to increase productivity and facilitate new forms of scholarship. For more information about JSTOR, please contact support@jstor.org. Your use of the JSTOR archive indicates your acceptance of the Terms & Conditions of Use, available at https://about.jstor.org/terms Stazione Zoologica Anton Dohrn - Napoli is collaborating with JSTOR to digitize, preserve and extend access to History and Philosophy of the Life Sciences This content downloaded from 147.251.6.77 on Tue, 14 Apr 2020 08:44:55 UTC All use subject to https://about.jstor.org/terms Hist. Phil. Life Sci., 17 (1995), 5-29 Introduction: Hasard et rationalité dans l'approche vaccinale Anne-Marie Moulin CNRS-INSERM U. 158 Hôpital Necker 149 Rue de Sèvres, 75015 Paris, France ABSTRACT - The aim of this paper is to introduce the one hundred years of vaccination that has passed since Louis Pasteur first coined this generic term. According to the late Jo nas Salk, vaccinology is a science encompassing aO aspects of vaccine from its conception in the laboratory to its production by companies and its application and distribution in the field. In this historical survey I explore how vaccination never consisted of a simple and uniform application of a rational model, but rather diverged along various pathways, several of which were discarded in retrospect as being hazardous, and I analyse the ongoing interplay between rational and inventive thinking. Les vaccinations restent aujourd'hui un des piliers de la médecine moderne, on leur attribue couramment une bonne part de l'augmen tation de l'espérance de vie au cours des cent dernières années. Elles ont représenté, avec la sérothérapie, l'un des piliers de la révolution médicale appelée communément pastorienne en France. Elles consti tuent encore, en l'absence de chimiothérapie efficace, notre meilleure stratégie contre les affections virales. L'intérêt pour la vaccination et les mesures de prophylaxie collective a été relancé par l'irruption des 'nouveaux virus',1 dont évidemment le plus connu est le VIH. Le principe de la vaccination, exposé par Pasteur en 1881,2 est d'une simplicité biblique: il s'agit d'exposer la population à une for me atténuée de la maladie pour la prémunir de la forme grave. An nonce enthousiaste à l'Académie des Sciences d'une méthode posée comme universelle qui peut en droit s'appliquer en tous lieux et à toutes les maladies. L'épidémie de Sida a cependant perturbé la quiétude de nos con victions positivistes héritées de la Troisième République. Voici une épidémie qui ne se rend pas immédiatement à des méthodes recon nues, héritées de l'ère pasteurienne et perfectionnées depuis plusieurs générations. 1 S. Morse, Emerging Viruses, Oxford: Oxford University Press, 1993. 2 L. Pasteur, Comptes rendus de l'Académie des Sciences, 92 (1881), 1383. 0308-7298/90 $ 3.00 © 1995 Taylor and Francis Ltd This content downloaded from 147.251.6.77 on Tue, 14 Apr 2020 08:44:55 UTC All use subject to https://about.jstor.org/terms ANNE-MAEIE MOULIN Le chiasme choquant entre pouvoir et savoir nous a donc a dans ce numéro, non à tenter une synthèse de nos connaissa tuelles,3 mais à rassembler des points de vue différents sur la co tion des vaccins au cours du siècle qui vient de s'écouler. Ces de vue, qu'ils soient exprimés par des médecins, des sociolog historiens ou des anthropologues (il y manque des économ convergent pour retracer une histoire non linéaire, où les dif scientifiques sont intriquées à des obstacles d'une toute autre climatiques, géopolitiques ou culturels. La mise au point biol de l'algorithme vaccinal, la gravure de la loi sociale accompa loi scientifique perdent de leur évidence invincible lorsqu'on genèse réelle des différents vaccins. L'une et l'autre résultent vail patient où les traverses remettent en question la simpli l'universalité des solutions. L'histoire temporelle des vaccins r l'interrogation au sein d'un mouvement souvent triomphalist stitue des directions multiples à l'alignement sur les mêmes tives. En même temps, cette histoire, précisément parce qu'el à réfléchir, n'exclut pas l'espérance. Notre revue historique s'inscrit dans cette année 1995, anni de la mort de Pasteur, qui assiste à la fois à la relance du pro pastorien et à un regain d'intérêt théorique pour la vaccinat doit admettre la divergence d'une trajectoire qui apparaissait l'origine: le renouveau et la crise de la vaccination superpose causes et leurs effets. Notre numéro prend au sérieux le pari de la vaccinologie, à venir. Le terme de vaccinologie est emprunté à Jonas Salk,4 pères du vaccin antipoliomyélitique, qui vient de disparaître e ce numéro souhaite rendre hommage en l'associant à l'année P Il se réfère à la nécessité d'inclure dans la compréhension d'un toutes les circonstances qui unissent sa conception, sa produc distribution, son évaluation. Il enregistre, sur le plan médic cessité de la concertation entre sciences biologiques et scienc maines et sociales. Une confirmation de l'intérêt d'une philo des sciences, qui ne renvoie pas non plus dos à dos histoire e logie5 mais intègre leurs apports respectifs. 3 Voir les récentes synthèses: 'Vaccines', Science, 2 Septembre 1994, et C. Leclerc, 'Le bel a vaccins', La Recherche, 26 (1995), 248-255. 4 Jonas Salk a employé pour la première fois ce terme dans son article 'Control of Influe liomyelitis With Killed Virus Vaccines', Science, 195 (1977), 843-847. Il définit la vaccinol 'the study and the application of the requirements for effective immunization', D. and J. Sa logy of Poliomyelitis', Vaccine, 2 (1984), 59. 5 J. Goldstein (éd.), Foucault and the "Writing of History, Oxford: Blackwell, 1994. This content downloaded from 147.251.6.77 on Tue, 14 Apr 2020 08:44:55 UTC All use subject to https://about.jstor.org/terms HASARD ET RATIONALITE DANS L'APPROCHE VACCINALE Dans l'histoire de la vaccination, l'équivoque entre la lo fique et les lois humaines permet une coanalyse de sciences e dans l'espace et le temps. Cette histoire instruit des rappro inattendus et des différenciations inédites, elle dénonce les fai universalisme à vide autant qu'elle scrute les contraintes lo vaccination n'est pas une routine entrée dans les moeurs, m jet introuvable qui invite à jumeler la puissance d'analyse d mentation scientifique, l'analyse historique événementielle, d'abstraction des sociologues, la statistique des économistes, descriptive des anthropologues et l'interrogation éthique. La rationalité inaugurale La crise actuelle peut être pleinement évaluée par compara la période pastorienne, les incertitudes présentes mirées dan nalité lumineuse attribuée au passé. La théorie de l'immunité à laquelle s'était d'abord rallié P épuisement du milieu nutritif de l'organisme par la bactéri mière attaque,6 était en fait la reconnaissance du fait vacc qu'une contribution originale à son interprétation. Inverse théorie qui a recueilli son ultime faveur, empruntée au biol se Metchnikoff présentant l'immunité comme le résultat d cytose des microbes par les cellules du sang, Pasteur ne l'a qu'en 1887, alors que son travail personnel sur les vaccins tuellement terminé. La période pastorienne peut donc être considérée comme fort et même fondateur de la science moderne des vaccins p de l'immunologie proprement dite. Cent ans avant l'appariti me vaccinologie, Pasteur a proposé, en 1881, le néologisme tion' en l'honneur de Jenner et de la vaccine. Avec son sen portunité politique, il a coulé dans ce terme syncrétique un ne lui devait rien, un présent fort mince (deux vaccins vétérin lui contre le charbon, et celui contre le choléra des poules, mais été très utilisé) et un avenir universel.7 La théorie infectieuse des maladies, à l'acmé de ses possib plicatives,8 permettait de concevoir une immunisation artificie 6 A.-M. Moulin, Le dernier language de la médecine. Histoire de l'immunologie de Pas Paris: Presses Universitaires de France, 1991, ch. 2. 7 A.-M. Moulin, 'La métaphore vaccine. De l'inoculation à la vaccinologie', Hist. Phil (1993), 271-297. 8 Κ. Codell Carter, 'The Development of Pasteur's Concept of Disease Causation and th of Scientific Causes in 19th Century Medicine', Bulletin of the History of Medicine, 65 (19 This content downloaded from 147.251.6.77 on Tue, 14 Apr 2020 08:44:55 UTC All use subject to https://about.jstor.org/terms ANNE-MARIE MOULIN toutes les maladies, à l'image de l'immunité naturelle. Pasteur p en même temps avoir trouvé l'algorithme de la vaccination, u thode générale d'atténuation des 'microbes' par l'oxygène de l'a Sa préparation du vaccin antirabique semblait d'abord illustr justifier cette philosophie de la méthode. Après passages répé les animaux d'expérience, Pasteur obtient un virus d'incubatio et de virulence maximale. Il réalise ensuite une série d'atténuations graduelles et obtient une gamme de virus atténués qui lui servira dans ses premiers protocoles d'immunisation. Il cherche à atteindre un point idéal où le pouvoir protecteur des microbes se dissocie du pou voir pathogène.9 Telle est la rationalité inaugurale, 'l'histoire écoutée aux portes de la légende' selon la définition de l'épopée, qui convient au récit des recherches sur les vaccins. En fait, Pasteur, s'écartant très tôt de son grand projet unificateur, a été amené à utiliser des méthodes concurrentes d'atténuation com me l'inactivation du virus par des produits chimiques (le 'secret' du bichromate de potassium10). La marche historique n'est donc pas, mê me dans les débuts, celle d'une rationalité unique mais l'exploration de voies multiples. La souplesse opportuniste du génie de Pasteur l'a amené ensuite à entrecroiser plusieurs voies et à effacer ses propres traces, retrouvées aujourd'hui par une génération d'historiens attachés à déchiffrer ses carnets de laboratoire.11 Pasteur, inspiré par Toussaint, chauffe ses cultures charbonneuses pour éviter la formation de spores, et se déplace ainsi en direction d'un vaccin tué, alors qu'il avait parié initialement sur un vaccin atténué, déclenchant la réponse active de l'organisme à un autre organisme vivant. L'histoire de la vaccination qui s'ensuit illustrera cette opposition entre vaccins tués inactivés et vaccins atténués, entre lesquels se ré partissent la plupart des vaccins (exemple des premiers, le vaccin Salk contre la poliomyélite, exemple des derniers le vaccin Sabin contre la même maladie).12 La rationalité bifurquée de l'histoire révèle des op positions latentes en fait dès l'instant fondateur. Le modèle royal de la variole En fait, l'histoire de la vaccination est si loin de commencer avec Pasteur que celui-ci avec son école n'est qu'une étape dans l'histoire 9 P. Debré, Louis Pasteur, Paris: Flammarion, 1995. 10 A. Cadeddu, Dal mito alla storia: Biologia e medicina in Pasteur, Milano: Franco Angeli, 1991. 11 G.L. Geison, The Private Science of Louis Pasteur, Princeton: Princeton University Press, 1995. F. Balibar et M.-L. Prévost, Pasteur. Cahiers d'un savant, Paris: CNRS Editions, 1995. 12 J.R. Paul, A History of Poliomyelitis, New Haven: Yale University Press, 1971. J.S. Smith, Patent ing the Sun: Polio and the Salk Vaccine, New York: Anchor Press, 1990. This content downloaded from 147.251.6.77 on Tue, 14 Apr 2020 08:44:55 UTC All use subject to https://about.jstor.org/terms HASARD ET RATIONALITE DANS L'APPROCHE VACCINALE de l'éradication de la variole, qui tient une si grande place gumentaire de la vaccination. Dans l'histoire de la vaccina riole joue le rôle de 'modèle royal',13 chapitre clos, histoire lant de la prévention à l'éradication. La disparition de la v vendiquée par l'OMS comme son grand succès,14 a prom contre cette maladie, où la vaccination tenait la première me idéal de référence. Alors que l'histoire de la prophyla riole renoue le lien avec un très ancien passé, la tradition lation, venue de Chine au moins depuis le 17e siècle et pr qu'au début du vingtième siècle en Asie, comme le rappel Guénel dans sa présentation du cas Indochinois. Alors qu'i d'un cas très singulier de 'contagion', une maladie à réserv vement humain.15 Malgré sa fonction exemplaire, l'histoir cination de la variole16 reste cependant singulière. L'histoi le vaccin français contre la tuberculose, si controversé jourd'hui, par exemple, n'en a pas reproduit la dynamique, tenant compte de son arrivée plus tardive sur la scène sani nationale. Allons plus loin, le succès même de la vaccine n'a pas ét vu d'effets pervers, indicateurs de la complexité des politiq té publique. Le triomphe sur une des maladies les plus red paradoxalement contribué à affaiblir la vigilance sur le fro te antiinfectieuse. Les sociologues17 ont bien dit comment de l'obligation du vaccin antivariolique dans les années mobilisé les acteurs des dispensaires et de la médecine scol stabilisé les routines psychologiques et sociales. Cependant, sur la lancée de la victoire contre la variole, conçu la stratégie d'éradication d'un certain nombre de fl ludisme, la poliomyélite, la tuberculose. Après quelques dé et l'abandon de mots d'ordre trop flamboyants, le Program de vaccination (PEV), dirigé contre six maladies principale grande promesse de l'ère pastorienne. 13 G. Miller, The Adoption of Inoculation for Smallpox in France and England in the Philadelphia: Pennsylvania University Press, 1957. A.M. Silverstein and G. Miller, 'The Ro on Immunity, 1721-1722', Cellular Immunology, 61 (1981), 437-447. 14 F. Fenner, D.A. Henderson, I. Arita, Z. Jezek and I.D. Ladnyi, Smallpox and Its E neva: WHO, 1987. 15 C. Chastel, Histoire des virus de la variole au Sida, Paris: Société nouvelle des éd i992. 16 P. Darmon. La longue traque de la variole. Les pionniers de la médecine préventive, Paris: Perrin, 1986. 17 C. Marenco et S. Godevarica, La vaccination des enfants en France, 1880-1890, Paris: CNRS, 1980. This content downloaded from 147.251.6.77 on Tue, 14 Apr 2020 08:44:55 UTC All use subject to https://about.jstor.org/terms 10 ANNE-MARIE MOULIN Un programme sub Mais si l'idéal du pr core un puissant éc compositions et con Tout change. Les d professionnelles cib aux voyages ou aux guerres; la fréquenc tion scolaire ou prof sont affaire de circon moment venu, par éléments matériels mode d'atténuation duction, association L'histoire du vacci cherches sur la rage occuper du choléra d placé des espoirs da titut, au point de le de Haffkine a été c en Inde à des millie poir qu'il représent quement l'Orient et été considérablemen d'efficacité limitée tion courte dans le nitaires des Organisa terrain, beaucoup pl plus vite de travaux chimiothérapie des Comme l'histoire de géographique des va unique. Dans ce num d'un vaccin du laboratoire au terrain où les essais humains le consa crent: les différents contextes illustrent les bifurcations de la rationali té. Qu'il s'agisse de diffusion simple ou de transfert adoptif, la dé monstration du vaccin perd de sa force sur un nouveau terrain ou en acquiert par des voies inédites, témoignant de la nécessité d'une réin 18 I. Lôwy, 'From Guinea-pig to Man: the Development of Haffkine's Anticholera Vaccine', Journal of the History of Medicine and Allied Sciences, 47 (1992), 270-309. This content downloaded from 147.251.6.77 on Tue, 14 Apr 2020 08:44:55 UTC All use subject to https://about.jstor.org/terms HASARD ET RATIONALITE DANS L'APPROCHE VACCINALE 11 vention locale: l'article d'Annick Guénel sur la vaccine de bufflon l'illustre amplement. Malgré l'évidence qu'il faut réinventer localement les vaccins, com me le suggère Vivian Wyatt à propos de la poliomyélite, toute obser vation qui remet en cause les prémisses de leur universalité crée un profond malaise. La moindre expérience défavorable est considérée comme portant atteinte à leur validité globale. Les essais négatifs de Madras19 ont jeté dans bien des pays le discrédit sur le BCG. Les po litiques à l'égard de ce dernier diffèrent objectivement, à l'intérieur même du cercle restreint des pays d'Europe de l'Ouest. La plupart des experts répugnent cependant à renoncer à l'idée du monde des maladies comme un champ 'laplacien' où s'exerceraient les mêmes forces et s'appliqueraient les mêmes lois. Notre numéro spécial vise donc à instruire la complexité historique et géographique de la construction scientifique et sociale des vaccins. Il donne une place d'honneur au modèle royal de la variole, mais pour en retrouver les équivoques scientifiques et juridiques (A. Gué nel; L. Murard et P. Zylberman). Il présente ensuite deux cas fort dif férents: celui du typhus qui, malgré des espoirs précoces, tint en ha leine trois générations de chercheurs à partir du début de notre siècle (P. Weindling), et celui de la poliomyélite (V. Wyatt), qui vit les pre miers essais expérimentaux à l'échelle des nations et même des conti nents, russe et américain, après la deuxième guerre mondiale. L'analyse historique de la construction des vaccins restitue son contexte à la crise contemporaine de la vaccination. La crise contemporaine de la vaccination La crise se situe d'abord entre les vaccins et leur science de tutelle. Les principaux vaccins que nous connaissons sont apparus avant le développement de l'immunologie. Cependant, l'immunologie s'est à son tour édifiée autour des recherches sur l'immunité spécifique et la manipulation de la mémoire biologique.20 Aujourd'hui, l'immunologie continue à proliférer au contact de toutes les sciences biologiques, el le se définit comme la science du système immmunitaire et donne à ce dernier une fonction très générale, assurer le maintien de l'intégrité de 19 G.A. Colditz, 'Efficacy of BCG Vaccine in the Prevention of Tuberculosis', J.A.M.A., 271 (1994), 698-702. 20 A.M. Silverstein, A History of Immunology, New York: Academic Press, 1989. This content downloaded from 147.251.6.77 on Tue, 14 Apr 2020 08:44:55 UTC All use subject to https://about.jstor.org/terms 12 ANNE-MARIE MOULIN l'organisme.21 En red immédiate et non sp antiinfectieuse et ess centrer par rapport L'immunologiste An munologie sans anti vaccination est au fo emparée de ce succès nances du lien privilé vaccins. La notion m a été effectivement b nifeste lors de la rép d'un ou de plusieurs historique dont nous Cette proposition ex vaccination au cours cination par rapport décennies, sa tutrice une science orpheline? Cependant il existe tion par rapport au contraire un terrain le et cellulaire, spéci cularités génétiques nation n'est-elle pas immunitaire? On peut déchiffrer parallèlement l'évolution des idées en matière d'immunité et de pratique vaccinale. Par exemple, du temps de Ra mon, à partir des années vingt, pour améliorer le rendement des che vaux en sérums actifs, l'usage s'était répandu d'associer aux bactéries inoculées des substances n'ayant rien à voir avec les toxines et carac térisées par leur caractère grumeleux et malaisément assimilable. Les substances étaient des plus variées, le tapioca utilisé par Ramon est le plus célèbre parce qu'il a été très critiqué voire chansonné. L'inflam mation réactionnelle améliorait la production d'anticorps chez les ani maux. Aujourd'hui, les adjuvants réapparaissent, y compris l'hydroxy de d'alumine d'ancienne mémoire, intimement associés aux nouveaux vaccins. Certains vaccins recombinants obtenus par génie génétique 21 R.E. Langman, The Immune System, San Diego: Academic Press, 1989. W.H. Fridman, Le cerveau mobile. De l'immunité au système immunitaire, Paris: Hermann, 1991. 22 A. Coutinho, 'Vers une nouvelle immunologie', Science et Vie, 184 (1993), 110-118. This content downloaded from 147.251.6.77 on Tue, 14 Apr 2020 08:44:55 UTC All use subject to https://about.jstor.org/terms HASARD ET RATIONALITE DANS L'APPROCHE VACCINALE 13 sont directement associés à des gènes commanda facteurs de protection non spécifique sécrétés p vaccins dits en franglais 'recombinants boostés'. des adjuvants s'opère sous le contrôle des théori sur la coopération des cellules Τ et Β dans le syst division du travail entre la lignée cellulaire charg cifique et celle qui est chargée de la réponse inf trouve là une application directe. Le deuxième facteur est le ralentissement de l veaux vaccins au cours des dernières années. L'absence de véritables vaccins dirigés contre une catégorie particu lière d'agents pathogènes, les parasites, est tout à fait remarquable, par exemple, et ce malgré l'existence au moins d'une maladie parasitaire, les leishmanioses, qui laisse une immunité définitive.23 Les leishmanies sont des parasites responsables, entre autres, de ce qu'on appelle le bouton d'Orient. Ce bouton, qui siège souvent au visage, guérit la plupart du temps spontanément en laissant une cicatrice disgracieuse mais ne récidive jamais. Au Moyen-Orient, on l'appelle le 'bouton d'une année' (habb as sanat). Pourtant on ne dispose pas d'un vaccin antileishmanien satisfaisant, même si de nombreux essais se poursui vent en Grèce et surtout, naturellement, en Iran.24 Dans ce pays, où des techniques de prévention sont attestées dans les harems depuis le 18e siècle,25 la tradition des inoculations préventives ne s'est jamais in terrompue, et la mise au point d'un vaccin, objet de fierté nationale, a été envisagéee récemment par l'OMS. Quant aux autres parasites, le vaccin antipaludique, par exemple, malgré la diversité des approches liées à la complexité du cycle para sitaire, n'a pas encore trouvé une forme satisfaisante,26 et l'annonce d'un vaccin d'une efficacité relative, celui du colombien Manuel Pa tarroyo, réactive la perplexité. La vaccination antibilharzienne, malgré la description d'un antigène commun à tous les stades du parasite, fa cilitant l'immunisation sinon le traitement, tarde à atteindre le deuxiè me stade des essais expérimentaux.27 23 C.L. Greenblatt, 'Cutaneous Leishmaniasis: The Prospect For a Killed Vaccine', Parasitology To day, 4 (1988), 53-54. 24 A. Nadim and E. Javadian, 'Leishmanization in the Islamic Republic of Iran'. In: B. Walton, P.M. Wijeyaretne and F. Modabber (eds.), Research on Control Strategies For the Leishmaniases, Ottawa: In ternational Development Research Center, 1988: 336-339. 25 A. Russell, History of Aleppo and Parts Adjacent, London: A. Miller, 1856: 262-266. 26 P. Druilhe, 'Quelles perspectives vaccinales?', Annales de l'Institut Pasteur, 5 (1995), 270-286. 27 A. Capron, 'Le langage moléculaire des parasites', Médecine/Sciences, 11 (1995), 431-439. This content downloaded from 147.251.6.77 on Tue, 14 Apr 2020 08:44:55 UTC All use subject to https://about.jstor.org/terms 14 ANNE-MARIE MOULIN Du côté des bactéri morosités subsisten travaillé à l'institut tisfaction... Ce ralen indéfinie du progrès théoriques du progr Un troisième éléme cial: la non-applicat nombre de vaccins é générations, ou réce rabique lui-même. Il y a encore dans le ge, de méningite et point par Gaston Ra toxine tétanique mod mon. Il n'est pourtan core des cas de tétano du cordon au mome Contrairement au v rage a subi un cycle tuelle. Le vaccin rec effets secondaires d vé est la rançon de aujourd'hui à un pri raient le plus besoin Comme le montre J expérimenté dans le le lit du cancer du f atermoiements) à p contre les risques d trouver entre les es vont se situer en Af seront les pays déve Dernier aspect, la c son productrice d'u quelle travailler pou stabilisé idéologique 28 G. Ramon, 'Sur le pouvoir rendue anatoxique (anatoxine) This content downloaded from 147.251.6.77 on Tue, 14 Apr 2020 08:44:55 UTC All use subject to https://about.jstor.org/terms HASARD ET RATIONALITE DANS L'APPROCHE VACCINALE 15 grand programme d'atténuation méthodique de lentes. Il n'y a plus de stratégie unique mais des a uns rappellent la démarche de Pasteur, mais d'autr rents. La biologie moléculaire a encore accru l'émie de recherche et marqué le retour à une stratégie em et erreurs, criblage patient des molécules ('épitopes le immunisateur, en attendant le jour de l'expérim échelle. Le modèle unique jadis proposé comme raison d'état a ainsi volé en éclats: en types et sous-types, encore diversifiés en fonction de la voie d'introduction, couvrant une gamme jusqu'alors inconnue allant des vaccins vivants atténués aux vaccins inactivés, et des fractions vacci nantes aux vaccins synthétiques de Michaël Sela. La deuxième partie du numéro est donc consacrée à la crise de la vaccination, à travers le cas du Sida qui récapitule tous les éléments de la crise: incertitudes scientifiques, inégalités politiques et écono miques, dilemmes éthiques. Certains biologistes vont jusqu'à douter qu'on puisse jamais réaliser un vaccin contre un virus installé au coeur de la machinerie immuni taire. Si un vaccin contre le Sida reste pensable, il est clair qu'il ne respectera pas les canons du vaccin traditionnel:29 il sera local et non universel puisqu'il doit utiliser les sérotypes de chaque région, il sera probablement à la fois préventif et thérapeutique voire réversible d'une forme à l'autre, il devra peut-être s'administrer par une voie dif férente en fonction du mode probable de contamination, différent pour un homosexuel et un toxicomane... Dans l'état actuel de nos connaissances, un vaccin contre le sida ne protégera plus les neuf dixièmes de la population comme nos vaccins classiques et n'offrira qu'une couverture incomplète à la population comme à l'individu. Max Essex, un des experts actuels sur le Sida, fait le point des avancées historiques en matière de vaccin tandis que Marc Lallemant et Sophie Lecoeur, épidémiologistes engagés sur le terrain, présentent leurs réflexions sur les problèmes éthiques soulevés par les essais dans le Tiers-monde. Toucher à la vaccination est nécessairement iconoclaste. En guise d'introduction, je voudrais poser quelques jalons pour une histoire de la vaccination par temps de Sida. Un examen interdisciplinaire tel qu'il est tenté dans ce numéro amène à s'interroger sur sa nécessité et 29 J.-P. Lévy, 'Le problème d'un vaccin contre le Sida', Médecine/Sciences, 11 (1995), 407-419. This content downloaded from 147.251.6.77 on Tue, 14 Apr 2020 08:44:55 UTC All use subject to https://about.jstor.org/terms 16 ANNE-MARIE MOULIN sa contingence, bref séparables dans l'ap Hasard et rationali Dans un article réc s'interrogeaient: po main, après avoir d Bien avant que l'immu médecins savaient que tants à la maladie... Et sautant à travers les siècles, ils continuaient: L'analyse de ce phénomène (la résistance à la peste) montra qu'un système actif qui participe à l'élimination de l'agent infectieux lors d'une première infection, reconnaît cet agent et s'en souvient de telle façon qu'il l'élimine plus facilement lors d'une infection ultérieure. Ce système actif est..., [le lecteur contemporain n'a plus besoin de lire], le système immunitaire.30 Est-il possible de diviser l'histoire de la vaccination en deux pé riodes, celle de l'empirisme, peut-être même du hasard, et celle de la rationalité, une préhistoire et une histoire? Dans l'histoire soustraite aux mutations, le hasard n'interviendrait plus guère aujourd'hui au ni veau de la découverte, désormais prise dans une logique déductive ri goureuse, il subsisterait seulement sous une forme sournoise, incidents et accidents de traverses, autant de scories regrettables dans la gemme sans cesse plus purifiée des vaccins. Mais peut-on même parler d'une préhistoire? La découverte est im mémoriale qu'une maladie protège contre elle-même. Ici intervient l'expérience millénaire de la protection de ceux qui, par métier, mani pulent les mourants ou les morts et qui acquièrent des privilèges qui les distinguent du reste de la population. Encore faut-il qu'une mala die soit identifiée dans le bruit et la fureur des épidémies, ce qui sup pose des observations précises et la notation de régularités conduisant à l'émergence d'une forme. Les maladies éruptives, les premières identifiées parce qu'elles frap pent le regard, ont fourni un substrat facile à manipuler, la sérosité des vésicules ou des pustules.31 Il est alors loisible de capter l'essence 30 P.A. Cazenave et A. Coutinho, 'Immunité et vaccination', Pour la Science, 193 (1993), 42. 31 J.N.P. Davies, 'The Development of "Scientific Medicine" in the African Kingdom of Bunyoro-Ki tara', Medical History, 3 (1959), 47-57. This content downloaded from 147.251.6.77 on Tue, 14 Apr 2020 08:44:55 UTC All use subject to https://about.jstor.org/terms HASARD ET RATIONALITE DANS L'APPROCHE VACCINALE 17 du mal pour le détourner. La démarche technique e en portant la marque durable d'une incertitude sur ce qui s'ensuit. Aussi voit-on sans cesse la prophyl même tout au long de l'histoire, bien avant la cré nérique de vaccin par Pasteur en 1881. Il est donc impossible d'identifier la rationalité da vaccination avec la mise en place, tardive, des élém rent à notre connaissance actuelle du système immun dit avec l'apparition de l'immunologie dont la vacc simple application. Il faut exorciser la thèse du cou technique, où l'on voit une Raison tenant les rêne poser et dicter les modalités de ses applications. Les aléas scientifiques de l'immunisation historiq La rationalité qui est censée présider à l'histoire d deux visages: médical, l'obtention d'une immunité p laboratoire, politique, la loi et les règlements visant la La vaccination, outil de prévention au niveau de prise en charge par des organisations diverses, natio nales. Au bilan des immunisations collectives, un su tion de chaque maladie, et des revers parfois sangla dus à des carences institutionnelles, des défauts dan un système de surveillance inadéquat. La vaccinatio la pierre d'angle de la révolution médicale moderne colosse aux pieds d'argile, susceptible d'être renver ou des désastres bien réels. A ce chapitre, citons l kovar en Inde (1907) pour le vaccin antipesteux, le (1930) pour le BCG, l'affaire Cutter pour la polio (1 ler que des épisodes les plus célèbres... Comme le d Semmelweiss: 'Le bien comme le mal se payent tôt c'est plus cher, forcément.' Aujourd'hui, une applic du vaccin contre le Sida, pourrait, selon certains, av treux en ruinant le capital de confiance investi dan ne (argument que l'on peut d'ailleurs retourner en s science moderne ne fait rien, est-elle encore crédible? G.S. Wilson, directeur de l'école de médecine tro ne de Londres a en 1967, au terme de sa carrière, te synthèse sur les incidents et accidents de l'immu 32 G.S. Wilson, The Hazards of Immunization, London: Oxford University This content downloaded from 147.251.6.77 on Tue, 14 Apr 2020 08:44:55 UTC All use subject to https://about.jstor.org/terms 18 ANNE-MARIE MOULIN le dernier ouvrage en synthèse. Il y discute tion antivariolique qui à la présence d'une sou tissu nerveux, soit à la A l'époque où écrit W clenchement d'une inf pu le voir pour la fièv provocation est obscu temporaire de l'immu nique Almroth Wrigh sion à une augmentati atténué ou même mut tent dans l'organisme dernes rétrovirologue vaccin antipoliomyéli Mais il n'est étranger sible du BCG sur une sur une tuberculose su Wilson s'étend aussi de paralysie après va après la vaccination d thode jusqu'en Afriqu du silence. C'est un p teur de Tanger, qui a cidents, et l'a présent 1927.33 Les accidents lettre la méthode orig bolisé ou glycérolé. Ce attribués aux vaccins souches vivantes. Au d l'ensemble des procéd Des incertitudes subs certains à réclamer u mulerait pas seulemen gène, elle met en bra clenche une réponse g catastrophique, en pa personnelle. 33 P. Remlinger, 'Les principaux problèmes de la vaccination antirabique', Bulletin de l'Office inter national des épizooties, 11 (1954), 1055-1075. This content downloaded from 147.251.6.77 on Tue, 14 Apr 2020 08:44:55 UTC All use subject to https://about.jstor.org/terms HASARD ET RATIONALITE DANS L'APPROCHE VACCINALE 19 Les immunologistes contemporains dans leurs pr riques jouent parfois au rebours de la tradition contrecourant de la vaccination.34 Ainsi un antigène v pourrait s'associer à des protéines de l'organisme et perantigène' actif inédit. Ce superantigène agirait a ment incontrôlé à l'égard du système immunitaire de tolérance dommageables, les 'trous du système', des proliférations cellulaires malignes (lymphomes) stimulés. Ces spéculations trouvent leur point de dépa constatations expérimentales lors d'immunisation c maux. Nous en savons encore moins sur les conséquences à l'éradication d'une maladie sur le système immunita population. Au milieu du 19e siècle, un courant de l'op à la propagation de la vaccine la dégénérescence de la teinte d'affections neurologiques incurables.35 L'argum te repris et modulé par les opposants de la vaccination, contextes scientifiques. Sous l'influence du darwinis 19e siècle, apparaît l'idée que la vaccination agit à la ti-sélection naturelle qui modifie l'équilibre des malad On peut y lire le premier jet de l'idée de pathocénos Grmek. Le raisonnement qui isole une maladie des au est de toute évidence trompeur. Peut-être est-ce là un sibles d'interpréter l'échec du BCG en Inde. La l'émergence du Sida avec l'éradication de la variole a dans le même esprit été relevée à plusieurs reprises. La vaccination a donc suscité des questions scien mentales qui sont loin d'être résolues. Si l'immunité anti-infectieuse est un phénomène tr ment comprendre les inégalités entre les maladies d point de vaccins efficaces? Elle révèle les lacunes de n en particulier dans le cas des infections où la réponse turelle ne semble que faiblement, ou de manière aléato L'absence de vaccin contre la lèpre, en dépit de percée contre la syphilis, en est un exemple. La syphilis sexuellement transmissible qui a fait parler d'elle lors 54 D. Charron, Communication au cours de la journée INSERM consacré Centre Jean Monnet, 10 Janvier 1995. 35 Dr Verdé-Delisle, De la dégénérescence physique et morale de l'espèce humai vaccin, Paris, 1855. 36 P. Lagrange, 'Strategy For Leprosy Control', International Journal of Lepros This content downloaded from 147.251.6.77 on Tue, 14 Apr 2020 08:44:55 UTC All use subject to https://about.jstor.org/terms 20 ANNE-MARIE MOULIN 1493 en Europe et d Nouveau Monde.37 E l'épidémie actuelle d Les drames de la vaccination combinent souvent assez inextricable ment les embûches scientifiques et les défauts de l'administration sa nitaire. La décision de poursuivre l'utilisation des stocks de facteur VIII non chauffé chez les séropositifs apparaît gravissime au vu de ce que nous savons aujourd'hui sur le rôle possible de la recontamination et l'importance quantitative de l'inoculum viral. Mais on peut discer ner le fil conducteur d'une rationalité étrange et maintenant scanda leuse, l'hypothèse qu'une réinfection pourrait déclencher une immuni sation plus efficace. Or cette logique n'est pas étrangère à l'historien qui évoque les tentatives d'immunisation contre la syphilis, au 19e siècle. S'appuyant sur l'idée que les prostituées contractaient plus ra rement une syphilis tertiaire que les sujets ordinaires, Auzias-Turenne avait proposé, avant la génération pastorienne, une syphilisation pro gressive et... universelle, pour habituer l'organisme au virus et déclen cher chez lui une réponse de défense appropriée.38 Cette idée d'im munisation liminale se lit en filigrane du plaidoyer de Jean-Pierre Al lain, intitulé Le Sida des hémophiles.39 Aujourd'hui, la grande enquête auprès des prostituées restées séronégatives après plusieurs années de métier, qui suggère la possibilité, encore discutée, d'une immunisation réussie pour une fraction des infections, prolonge les spéculations mé dicales du 19e siècle. L'exemple du BCG illustrait déjà la persistance de l'interrogation sur la marche de l'immunité naturelle et ses rapports avec l'immunisation artificielle, et les difficultés du pragmatisme.40 Le BCG est le fruit d'une histoire lente, très différente de la précipitation de l'année Joseph Meister. Calmette et Guérin ont poursuivi leurs travaux d'atténuation d'une souche de tuberculose bovine pendant treize ans, de 1911 à 1924, et multiplié les contrôles de l'innocuité de leur vaccin sur cobaye pour s'assurer de l'irréversibilité du changement de virulence.41 Malgré ces précautions multiples, et malgré le recul dont nous disposons au 37 A.-M. Moulin et R. Delort, 'Syphilis, le mal américain?', L'Histoire, 63 (1983), 87-92. Synthèse ré cente dans L'origine de la syphilis en Europe: avant ou après 1493?, O. Dutour, G. Palfi, J. Berato et J. P. Brun (eds.), Paris: Errance, 1994. 38 R. Dubos, Louis Pasteur: Freelance of Science, Boston: Little, Brown & Co., 1950. 39 J.-P. Allain, Le SIDA des hémophiles. Entretien avec Fabienne Prat, Paris: Frison-Roche, 1993. Jean Pierre Allain, professeur d'immunologie et spécialiste de l'hémophilie, a été un des principaux accusés au procès de 1993. 40 P.H. Lagrange and B. Hurtrel, 'Anergy and Other Immunologie Disturbances in Mycobacterial In fections'. In: M. Bendinelli and H.W. Fridman (eds.), Mycobacterium Tuberculosis, New York: Plenum, 1988: 171-205. 41 A. Calmette, La vaccination préventive contre la tuberculose par le BCG, Paris: Masson, 1927; N. Bernard et L. Nègre, Albert Calmette. Sa vie, son oeuvre scientifique, Paris: Masson, 1939. This content downloaded from 147.251.6.77 on Tue, 14 Apr 2020 08:44:55 UTC All use subject to https://about.jstor.org/terms HASARD ET RATIONALITE DANS L'APPROCHE VACCINALE 21 jourd'hui, trois quarts de siècle, le vaccin contre l des vaccins les plus controversés qui soient, et plus variable. Obligatoire en France, il ne l'est d'Europe de l'Ouest, il ne fait pas partie du l'OMS. Souvent obligatoire à la naissance, il est reprises dans certains pays. Ailleurs, une inject législateur. En France, l'opinion médicale diffèr cialité médicale, les pédiatres qui redoutent la m de l'enfant sont des partisans inconditionnels logues sont indifférents voire hostiles, les pneum La vaccination contre la tuberculose est min point de repère sans ambiguïté qui serait un ind tenue. Certes on possède la réaction à la tubercu Pirquet dès le début du siècle, mais celle-ci, apr a pris le sens d'une réaction allergique, et non d définitive, ne peut s'exprimer que par l'absenc dant à une contamination. Or il est impossible nement, variable en fonction des rencontres et d L'intradermo réaction à la tuberculine, techniqu de la vaccination, n'apporte pas les éléments de indique tout au plus que le vaccin a 'pris' mais n protégée. Dès lors, comment bâtir une stratégi de la vaccination et plus encore de la revaccinatio matique en cas de réaction négative et combien dérer une réaction positive à la tuberculine com d'une tuberculose potentielle, même en cas d'an Loi scientifique et lois humaines La vision d'une médecine vaccinante incertaine des raisons et des modalités de son efficacité conduit à mieux comprendre la place stra tégique de l'histoire coloniale. La vaccination, préoccupation de l'état moderne, est liée à des éléments de contrainte. Rien d'étonnant si la vaccination antivariolique a été déclarée obligatoire en Cochinchine, alors qu'elle ne deviendra obligatoire en France qu'en 1902. Le para doxe juridique est encore plus grand quand en Algérie, département français soumis officiellement à la même législation qu'en métropole, les pastoriens sont favorables à la vaccination obligatoire qui n'est pas légale dans l'hexagone.42 42 P. Trolard, Des mesures à prendre pour propager la vaccine, Alger: Guab, 1900. This content downloaded from 147.251.6.77 on Tue, 14 Apr 2020 08:44:55 UTC All use subject to https://about.jstor.org/terms 22 ANNE-MARIE MOULIN Les colonies ont do tion à une échelle s des populations à la sentes en métropole liser autour de la va l'inefficacité a été in fert culturel. Du mê insuffisances du vac dardisation insuffis attribuées par l'adm sants. Le parallélism vinces françaises et Annick Guénel, a ét En métropole même mal compris (dont l du 19e siècle), peuv n'ait été promulgué l'obligation faisait l' tion et de la contra pellent les péripétie sociale s'interrogean L'histoire de la vaccination est donc aussi celle de la loi et des lois. En d'autres termes, la vaccination soulève le problème de la loi médi cale, norme et modèle contradictoire qui ne peut s'exercer stricto sen su dans un espace 'laplacien' homogène où les mêmes causes exercent les mêmes effets. L'obligation de recourir à la description de rationali tés locales ou provisoires est en contradiction avec l'idéal abstrait de la science, soumettant (à tous les sens du mot) progressivement la nature. Paradoxalement, les lois humaines sont locales et appartiennent à l'ensemble législatif d'un pays, mais expriment aussi à leur manière une visée universalisante. En présence des incertitudes scientifiques, l'impératif de la loi finit par réconcilier les savants avec eux-mêmes et à mettre un terme à leurs interrogations. A la question posée par les étudiants: doit-on vacciner contre la tuberculose? la réponse de cer tains maîtres a pu être 'si la loi l'exige', sorte d'abdication devant l'obligation d'un choix de santé publique que la raison savante n'in dique pas clairement. En regard des interrogations scientifiques, la lé gislation humaine semble mettre un terme à l'irrésolution en imposant des mesures au bénéfice du plus grand nombre. Les décrets pour la vaccination obligatoire ont parfois reflété l'effort politique pour sou mettre des populations et des minorités. Ils expriment en même temps l'équivalence biologique qui fait de la masse, dominants et dominés This content downloaded from 147.251.6.77 on Tue, 14 Apr 2020 08:44:55 UTC All use subject to https://about.jstor.org/terms HASARD ET RATIONALITE DANS L'APPROCHE VACCINALE 23 réunis, un cheptel dont vie et mort sont réductibl ments numériques. Si la contrainte médicale a partie liée avec la contr leçon épidémiologique de la vaccination de masse a retransférée ultérieurement en métropole, reconnaiss équivalence biologique entre les hommes. L'impérat supposant l'équivalence des organismes manifeste égalitaire voire libérateur autant que contraignant. L'histoire des résistances à la vaccination a encore besoin d'être écrite.43 Elle ne se réduit pas, et de très loin, à la lutte contre la mé dicalisation. Elle reflète, on l'a vu, les aléas de l'immunisation elle mê me, forcément inégalitaire et désignant en cas de drame les hygiénistes vaccinateurs à la vindicte publique. L'écart entre les pratiques et la compréhension scientifique de ces pratiques a nourri une interroga tion véhémente sur la légèreté des hommes de science et des adminis trateurs prompts à imposer la règle, partisans d'un formalisme de jus tification scientifique parfois illusoire. La lutte contre la vaccination a revêtu de multiples facettes idéolo giques: on peut retrouver parmi les résistants tous ceux qui ont à un moment de l'histoire opposé le droit des individus et des groupes à disposer d'eux-mêmes. Il y a lieu de réfléchir à la nécessaire dose de violence associée à l'argument de la solidarité devant la contagion et aux mesures de salut public. Il perce, nous l'avons dit, du Robespier re ou même du Fouquier-Tinville chez les hygiénistes et les pastoriens. La vaccination peut ainsi être intégrée facilement dans tous les sys tèmes forts et autoritaires impliquant la subordination des individus à l'intérêt public. La République islamique d'Iran, comme le montre Laurence-Donia Kotobi, a intensifié les campagnes de vaccination contre les maladies infantiles, correspondant en gros au Programme élargi de vaccination de l'OMS. Les campagnes de vaccination parti cipent des démonstrations de masse affectionnées par le régime des ayatollahs, des manifestations de soutien au gouvernement aux mobi lisations pour les grands objectifs civils ou militaires. La prévention des maladies infectieuses a été liée à la prévention des naissances: contexte qui modifie la signification de l'adhésion à la vaccination et pivote autour de la notion d"enfant précieux'. La campagne s'appuie sur une nouvelle conception de la santé des tout-petits, l'implication des mères dans le recul de la mortalité infantile, une conception nou 43 D. Porter and R. Porter, 'The Politics of Prevention: Anti-vaccinationism and Public Health in Nineteenth-century England, Medical History, 32 (1988), 231-252. This content downloaded from 147.251.6.77 on Tue, 14 Apr 2020 08:44:55 UTC All use subject to https://about.jstor.org/terms 24 ANNE-MARIE MOULIN velle qu'il faut dire ' dicalisation inédite de Il est très fascinant ment différentes pr grent à leurs objectif de la solidarité de la ticipation à des devoir A travers la vaccina se défont par les tra deux guerres, les em contre la fièvre jaun la France et des Etats formes parentérale e pure contingence? froide. L'Iran, du tem fluence américaine e d'évaluation du BCG, historique avec le mo Vaccination et cultures locales La vaccination est ainsi un lieu privilégié pour apprécier les trans formations et les ruptures d'une culture, comme on l'a vu à propos de la médecine coloniale. En Indochine, dès la fin du 19e siècle, les ino culateurs traditionnels de la variole empruntent les gestes de la vacci ne et abandonnent les prises nasales à la chinoise. Le chassé-croisé des virus de variole humaine et de vaccine animale reproduit ce qui s'était passé en Angleterre au temps de Jenner, la perte probable du virus de vaccine initial, l'hybridation de toutes les souches tenues pour res ponsables de la variole humaine.44 Mais le quiproquo culturel em pêche les médecins français de percevoir le retour de l'histoire et d'en tirer les leçons. A cause de l'idéologie coloniale appuyée sur la médecine qui a pla cé la vaccination au centre du dispositif hygiéniste des militaires, on oublie souvent que la politique sanitaire ne survenait pas dans un complet vide culturel dans la plupart des pays colonisés. Par exemple on a oublié qu'en Tunisie, en 1879, donc avant l'invasion française, sous l'influence mais non la pression des Européens, le bey Sadok 44 D. Baxby, Jenner's Smallpox Vaccine. The Riddle of Vaccinia Virus and Its Origin, London: Heine mann, 1981. This content downloaded from 147.251.6.77 on Tue, 14 Apr 2020 08:44:55 UTC All use subject to https://about.jstor.org/terms HASARD ET RATIONALITE DANS L'APPROCHE VACCINALE 25 avait promulgué l'obligation de la vaccine et délégu cinateurs auprès des chefs de famille. Geste si tota mémoires, que, dans la génération suivante, le méd mier médecin musulman formé à l'européenne, co Zitouna pour savoir si le geste est licite45 et ne sou de Sadok bey dans le passé.46 Au colloque du cente Pasteur de Tunis (1993), l'évocation du passé rétabli turelle interrompue. Au titre de la continuité, on peut citer l'histoire de la variole au Japon où l'introduction de la vacc Meiji s'est accompagnée d'un regain de culte aux d et où la vaccination a été placée sous l'égide des ang enfants.47 En Inde, le culte de la déesse de la variol vreux de son éventail, s'est transformé en celui d'u projet différent, la prophylaxie de la tuberculose. L'opposition à l'Occident n'entraîne pas nécessair la vaccination qui peut toujours êtrre réappprop dans la République iranienne islamique, celle-ci n'a comme une diablerie liée à l'occidentalite (gharbzade ve impie de s'opposer à la providence divine, bien a goureux programme de vaccination dans les campag sivement intégré à la culture locale, assimilé aux pr et collectives désigné globalement comme la sad L'entreprise vaccinale s'unit de façon inédite à une damentalisme chiite.49 Du coup, modernité et vaccination peuvent appar si fortuitement liées que l'immunologie et la vaccin tion s'inscrit dans un espace culturel et comme tell re comparée et de l'anthropologie. Une technique comme système et comme médiati En conclusion, récapitulons nos propositions pou vaccination. 45 Β. Dinguizli, La vaccination antivariolique, Thèse de doctorat en médecine, Bordeaux, 1893. 46 A.-M. Moulin, 'Les instituts Pasteur de la Méditerranée arabe: une religion scientifique en pays d'Islam'. E. Longuenesse (éd.). In: Médecins dans le monde arabe, Paris: L'Harmattan, 1995. 47 H.O. Rotermund, Hôsôgami ou la petite vérole aisément, Paris: Maisonneuve et Larose, 1991. 48 J. Al-e Ahmad, L'occidentalite, Gharbzadegui, trad. M. Kotobi, Paris: L'Harmattan, 1988. 49 L.D. Kotobi, Le vaccin et le sadaqeh. Etude des représentations de la vaccination infantile en Iran d'aujourd'hui, Thèse pour le doctorat ès lettres, Paris V, 1995. This content downloaded from 147.251.6.77 on Tue, 14 Apr 2020 08:44:55 UTC All use subject to https://about.jstor.org/terms 26 ANNE-MARIE MOULIN - La technologie de l provisoire dans les dé munitaire qui met en s l'exploration de l'envir - La vaccination illus gique dans lequel Fran toute technologie. Le port de la vaccination son d'être de l'inocula tion du 19e siècle. Ell de à l'idée que l'immu lidité de l'immunité na Or la vaccinologie co puissant auquel le ratt toute évidence une m récentes sur les prostit réactivent néanmoins naturelle de la maladi taines données sur les tive vont dans le mêm laissant une immunit très faible, ou d'une r la part de l'organisme ganisme contre le vir combat douteux, ma prend sa seconde chan - Enfin, la vaccinatio ture exprimée par le sément à des rituels a Est asiatique, le mond est utilisation du corp est crucial pour comp et l'intégration au reg demment très différe sous-cutanée, et aussi d médecines traditionnel 50 S. Rowland-Jones and coll., bian Women', Nature, 1 (1995), 51 R. Cheynier, 'Cytotoxic Τ Ly man Immunodeficiency Virus-1 2217. 52 B. Seytre, 'Lutte contre le Si This content downloaded from 147.251.6.77 on Tue, 14 Apr 2020 08:44:55 UTC All use subject to https://about.jstor.org/terms HASARD ET RATIONALITE DANS L'APPROCHE VACCINALE 27 La vaccination est inscription sur le corps, elle rieure, mais aussi souvent cicatrice visible et indé porté attention aux liens de la vaccination avec d'intervention sur le corps dans chaque culture. A histoire de l'inoculation de la variole, deux méth vaccination par prises, dite méthode chinoise53 ( par scarification, proche du tatouage: le dialecte le même mot (tat'im) les deux phénomènes. La cicatrice familière du vaccin antivarioleux temps servi de repère aux épidémiologistes. L'ut prédilection pour une marque sans ambiguïté corps offerts aux décomptes. Antonin Artaud r inscrit son histoire dans ses fibres, il poursuit le ment qui retrace le crime dans la chair offerte avec (Souvenirs d'Afrique). Le théâtre de la cruauté c tique cher aux hygiénisateurs utopistes. Que l'on catrice sérologique laissée par un hypothétique va té pour le virus HIV ne permettra pas de disting tion et immunisation, c'est la grande confusion. Le vaccin buvable, lui, prend les caractères d'u il est accepté volontiers par des populations famil La vaccination orale a été pendant longtemps in entre les deux guerres avait proposé des vaccins d'introduction naturelle et imitent les cheminemen cale: cuti-vaccination (par la peau), vaccination p contracté par les animaux en broutant les 'champ blait être mieux prévenu par une vaccination or cinquante, le retour s'est opéré vers cette voie: myélitique de Sabin, celui de Koprowski étaient d L'appellation de vaccinologie suggère donc que stitue un système autonome et évolue selon des lignes de force qui lui sont propres. Elle peut être appréhendée comme une 'série formes qui s'engendrent successivement et qui as - la production du vaccin brut et purifié; - la voie d'introduction; - l'organisation commerciale et la production; - l'administration qui distribue le produit et en 53 A. Ki-Che-Leung, 'Inoculation Against Smallpox in China', Confére ris, 1991. This content downloaded from 147.251.6.77 on Tue, 14 Apr 2020 08:44:55 UTC All use subject to https://about.jstor.org/terms 28 ANNE-MARIE MOULIN Il faut compléter l'h Les instruments atte mo-jet... Qui dira la Conclusion La rationalité de la vaccination ne présente donc pas une figure unique mais multiple, réfractée dans l'histoire et la géographie. Même sa tonalité préventive, dominante à l'heure actuelle, n'est pas exclusi ve. Ni dans le passé, où les vaccins se sont vu attribuer un rôle thé rapeutique55 et même une action immunostimulante générale (période de Wright, qui trouve un prolongement dans l'utilisation controversée du BCG en cancérologie dans les années soixante...). Ni dans le pré sent: le vaccin contre la bilharziose pourrait être non seulement pro tecteur mais en s'opposant à la ponte des parasites, exercer un effet curatif. On a vu que le vaccin contre le sida, appliqué à des popula tions exposées à la contamination, interagit aussi avec le cours de l'in fection. Peut-être le passage à une forme curative et individuelle du vaccin sera-t-il la dernière étape d'un grand cycle historique. Dans ces conditions, mérite-t-il encore le nom de vaccin, ou ne s'agit-il pas d'une fiction commode pour en parler, mais qui sent quelque peu l'ar tifice? Mais l'emploi du terme de vaccin est sans doute incontournable pour des raisons historiques, bien qu'il soit source de malentendus en raison même de ses origines. Le capital sémantique du vaccin ne sau rait être galvaudé à la légère par les responsables des politiques de santé. A moins que l'emploi d'un néologisme, encore à inventer, ne s'inscrive dans un changement plus profond qui affecterait notre com préhension même de la maladie ou des maladies infectieuses et qui ne se bornerait pas à reprendre la dialectique du microbe et du terrain. Une idée, soutenue jadis par des adversaires marginaux de la vacci nation, fait surface au coeur de la communauté médicale, celle que le choix de la stratégie vaccinale, étendue à la plupart des maladies in fectieuses et poursuivie au cours du temps et de la vie, est moins fonc tion de la supériorité intrinsèque de la vaccination sur les autres me 54 L'entre deux guerres a vu la prolifération du vaccin sous toutes ses formes, même les plus inat tendues: à côté des vaccins scarifiés, on a vu apparaître les pommades-vaccins, les pansements-vaccins, mais aussi les collyres-vaccins, les ovules-vaccins, et même les laxatifs-vaccins et les vaccins-dentifrices: dépouillement des demandes d'autorisation présentées à l'Académie de Médecine à Paris entre les deux guerres, (A. Guénel et A.-M. Moulin). 55 P. Keating, 'Vaccine Therapy and the Problem of Opsonins', journal of the History of Medicine and Allied Sciences, 43 (1988), 275-296. This content downloaded from 147.251.6.77 on Tue, 14 Apr 2020 08:44:55 UTC All use subject to https://about.jstor.org/terms HASARD ET RATIONALITE DANS L'APPROCHE VACCINALE 29 sures préventives qu'une question de cohérenc Autrement dit, dès lors qu'on a commencé à vacc terrompre sans faire prendre à la population d'é risques imposent de ne pas revenir en arrière et même direction. Le retour à l'immunisation sau tions soustraites à la sélection naturelle, pourra Ayant commencé à vacciner, nous sommes condam étant conscients que l'immunisation artificielle colle une sécurité absolue, et comporte des risques ind lier liés à la diversité génétique, mais que nous n le choix. La vaccination ne se contente pas de suggérer le tivité efficace sur les choses, elle structure le hommes et façonne les représentations que les mêmes. La vaccinologie, science aux multiples fac d'interroger le monde. This content downloaded from 147.251.6.77 on Tue, 14 Apr 2020 08:44:55 UTC All use subject to https://about.jstor.org/terms